« L’artiste est naturellement anachronique, il s’approprie les œuvres du passé et c’est son devoir. Le propre du créateur c’est de s’approprier le passé pour le digérer et pour en donner un autre résultat. » Daniel Arasse, Histoires de peintures, 2004.
Egon Schiele aurait-il peint de la même manière s’il était né 60 ans plus tard ?
Appréhension du monde, comportement, mode d’expression : nous appartenons tous à une époque. Au début du 20e siècle, Egon Schiele, formé aux arts décoratifs, avait pour contemporains Munch, Klimt, Gauguin, Rodin… tous ont contribué à l’élaboration de son style. L’expressionnisme autrichien : « Avec la notion de creuser sous la peau au sens vrai du mot, c’est-à-dire mettre à nu les muscles et les nerfs et tenter avec des preuves cliniques d’atteindre une expression similaire pour les états spirituels » (Egon Schiele, Erwin Mitsch, Phaidon, p.19), telle était la manière de représentation « à la mode » plébiscitée en son temps.
Il est bien possible, que né un demi-siècle plus tard, le talent de Schiele se soit exprimé autrement. Alors je pose la question : que signifie « trouver son style » ? Cela ne veut rien dire, ce dernier étant par définition, lié à l’histoire de l’auteur et à son époque : il est donc amené à varier tout au long de sa vie.
Au final, il existe deux choses. La manière de faire (le style) et l’interprétation.
La manière de faire dépend des facteurs extérieurs : en tant que chargée de communication, mon travail est principalement de créer des structures (de supports de communication). Je n’ai aucun doute que la méthode que j’emploie au quotidien soit la même utilisée par bon nombre de mes confrères/consœurs. La raison ? Le système codifié des entreprises dans lequel nous évoluons : les contraintes sont à peu près identiques.
Cependant, à procédé similaire : résultat souvent différent. En effet, nous n’avons pas tous, ni la même interprétation de la problématique à résoudre ; ni la même sensibilité aux sujets abordés.
Je conclurais en disant que Schiele aussi a représenté sa « Sainte famille » et que les sujets varient peu, contrairement à leurs interprétations, qui se comptent par milliers.

Jeune fille au ruban, 2011 (d’après bas relief, musée du Capitole, Rome).30*30.