Le fond et la forme

25 juillet 2011

Tribute to Bronzino

Jeune fille à la fenêtre, 2011 (d’après l’œuvre de Bronzino, 1538). 32*46.

Nous avons déjà évoqué dans des posts précédents la problématique du fond et de la forme. La « jeune fille à la fenêtre » présentée aujourd’hui, est une composition directement inspirée de la Sacra famiglia con san Giovannino de Bronzino. Revenons sur les méthodes artistiques du peintre.

Privilégier le « Comment » sur le « Quoi »

En bon florentin du 16e siècle, Bronzino pratique l’art de la référence, qui consiste à partir d’éléments existants et à leur faire subir de légères modifications de manière à en transformer l’effet final. Il en résulte que le spectateur, pour pouvoir comprendre l’allusion, doit être aussi un initié. Ainsi, loin de tendre à rester fidèle à la nature, l’art de Bronzino consiste prioritairement à imiter l’art.

Peinture contre sculpture, l’éternelle lutte des classes

Au jeu de celle qui l’emportera par une plus haute noblesse de statut (sujet qui donna lieu à de nombreux débats enflammés à cette époque), Bronzino justifie sa préférence pour la peinture  en usant de trois artifices : la ligne, la complémentarité des points de vue, la couleur.

Aussi traite-t-il de façon linéaire toutes les limites, qu’il s’agisse des contours extérieurs des objets (silhouettes) ou de leurs formes intérieures (traits du visage).

Il pallie à l’impossibilité de «tourner » autour du sujet (comme on le ferait avec une sculpture) soit en étalant les corps dans la surface, soit en représentant plusieurs personnages dont les morphologies se « répondent », de manière à les faire se combiner en un seul et même corps, vu de face et de dos.

Enfin, l’impact d’une lumière réelle sur une sculpture ne produira jamais les changements de teinte que Bronzino multiplie dans les plissés des vêtements de ses personnages.

L’avis de Fresque moderne

Plus jeune, je croyais que le fond primait sur la manière de faire. Avec l’expérience et la pratique, il me semble que la forme et le savoir-faire supplantent toutes les idées, mêmes les meilleures. Pourquoi ne pas peindre de natures mortes ? A l’instar de Bronzino, je vous répondrais que le jugement esthétique est exempt de toute hésitation : le « beau » est à chercher dans l’art, plus que dans la nature.

Passages tirés de l’ouvrage de Maurice Brock, « Bronzino », Editions du Regard, 2002.

Fresque un art par Minh Hanh Maudoux http://fresquemoderne.wordpress.com

Gentleman graffeur

28 février 2011

Faites le mur !

 Le graffiti serait-il le représentant actuel de l’art mural moderne ?

La Sybille de Lybie, 2011 (d’après le plafond de la chapelle Sixtine par Michel Ange) 32*46

Art de la rue certes, mais également art de la référence : poétique, revendicatif, personnel ou tout simplement gratuit, le graffiti ne saurait être appréhendé hors contexte. Ainsi, si l’inscription hâtive sur un banc public d’un « I love Michael » passionné, fait aujourd’hui référence au roi de la pop, on aurait compris l’allusion à Michel-Ange quelques siècles plus tôt.

Laissons-là notre admiration sans bornes pour ces vedettes décédées et intéressons-nous aux vivants. Un certain dénommé Banksy, graphiste de rue britannique, défraie la chronique depuis quelques mois. Homme de son temps, l’un de ses talents est d’avoir capté les rouages de la célébrité.

Décryptons ensemble les méthodes de ce people en pleine ascension.

1. Il fait des choses illégales. Si toi aussi tu veux devenir un artiste en vogue, n’hésite pas à sortir des sentiers battus, à critiquer les fondements de notre société et à t’exprimer partout (bâtiments publics, murs, rues très fréquentées…) surtout si c’est interdit. En bref, sois impertinent afin d’augmenter ta cote créative.

2. Il entretient le mystère et vit caché. Quoiqu’il arrive, apparais toujours masqué. Pour booster ta notoriété, communique sans communiquer et prends exemple sur lui, qui a produit un film (Faites le mur !, 2010) sur un mec improbable qui l’aurait rencontré et qui donc, parle de lui. Intelligent le garçon.

3. Il est riche et fait le bien autour de lui. Pour exemple, son Save or Delete Jungle Book (campagne pour Greenpeace, 2001) vient de se vendre à 78 000 £ à la Bonham’s urban sale en janvier dernier.  Il a récemment essayé de sortir de prison 2 artistes russes grâce aux bénéfices de la vente d’une de ses œuvres (collectif russe Voïna, décembre 2010).

Et la fresque dans tout cela ? « On distingue généralement le graffiti de la fresquepar le statut illégal ou en tout cas clandestin, de l’inscription.», nous dit-on sur Wikipédia.  Je définirais les choses plutôt en ces termes: la fresque est la forme longue du graffiti.  Alors que ce dernier prend quelques minutes à mettre en scène, prévoir quelques heures pour la fresque moderne !

Fresque un art par Minh Hanh Maudoux
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Tourisme à la chapelle Sixtine

4 janvier 2011

Demander « aux sculpteurs de peindre des plafonds – et pourquoi pas de frotter les parquets ? »

Lorsque Michel-Ange fut mandaté par le Pape Jules II pour travailler à la rénovation du plafond de la chapelle Sixtine,  il pensait torcher le boulot en 6 ou 7 mois, pour revenir à des occupations « plus nobles ». Mais les travaux durèrent jusqu’en 1512, c’est-à-dire 4 ans.

Un passage de Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi, décrit les difficultés de la technique de la fresque, même au temps des grands maîtres.

« Les cartons, tracés par lui-même (Michel-Ange) à la sanguine ou au fusain sur de grandes feuilles, étaient fixés au mur, puis on procédait au décalque en les tamponnant avec une ponce ou en versant de la poudre de charbon par de petits trous percés sur le carton pour y laisser un pointillé à relier ensuite au pinceau. (…) La surface à peindre dans la journée devait au préalable avoir été fraîchement enduite pour que les couleurs se fixent en séchant avec leur support, ce qui interdisait toute retouche, sinon en détruisant et en recommençant. Des garçons préparaient les couleurs en broyant les pigments (…) D’un seau à l’autre, l’homogénéité des couleurs se perdait, et si l’on découvrait le lendemain qu’elles s’étaient nuancées en séchant, tout était à recommencer. La prise du mortier variait selon la température et l’humidité, obligeant parfois à travailler plus vite ou plus longtemps, ou à tout reprendre si la surface avait séché. L’enduit même, composé à Rome de travertin et de pouzzolane, réagissait autrement qu’à Florence, où l’on y mêlait du sable de l’Arno. Le rouge au minium de cinabre et le vert à la résine de cuivre, bientôt corrompus au contact de la chaux, obligeaient à détruire le travail du jour. (…) On défaisait parfois plus qu’on avait fait, la fresque, au lieu d’avancer, reculait et se trouvait le lendemain moins étendue que la veille, ce qui décourageait. »

Aujourd’hui, les difficultés sont les mêmes. Nous nous limitons à des surfaces plus raisonnables… l’œuvre ci-dessous (32*46cm) a tout de même demandé presque 5 heures de travail sans pause.

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Sculpture du jardin de Boboli, 2011, étude sur place, 32*46


Nouvelle année 2011

19 décembre 2010

En 2010, vous avez été 1900 visiteurs attirés par la diffusion mensuelle d’un article sur ce blog.

Les pages qui vous ont le plus intéressé : le concept, la galerie, COD, le sujet mural.  

Vos thèmes de prédilection ? Fresque moderne ou contemporaine, composition murale moderne, technique de fresque murale, fresque contemporaine à la chaux, mais aussi des interrogations plus larges telles que : « Pourquoi la fresque ? » Et enfin, résultat tout à fait improbable… « Meilleurs vœux 2011 ». Je profite de cette transition toute trouvée pour vous souhaiter une bonne année 2011 et vous remercier de votre fidélité à ce blog. A très bientôt sur fresque un art !


Fresque un art par Minh Hanh Maudoux
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Bas les masques

15 décembre 2010

De l’art du portrait au 16e siècle

« La douceur des mœurs et la convenance des manières et des paroles sont plus utiles que les vertus proprement dites quand on est en société, parce que les vertus se mettent rarement en œuvre » (penseur florentin, autour de 1545 dans Bronzino de Maurice Brock, p.66).

Madame Vasari, 2010, 32*46

Certains se demanderont pourquoi je prends toujours des références aussi anciennes pour évoquer des concepts aussi actuels : les anciens n’avaient en effet, pas une manière si différente de la nôtre de briller sous les projecteurs. Ils transformaient leur image, se représentaient avec des « masques » de bienséance… les portraits de l’époque relevaient plutôt d’un manège amoureux qui ne devait pas grand-chose aux vertus ou à l’intériorité. Heureusement qu’ils n’avaient pas le son ! On se serait retrouvé devant une de nos bonnes émissions de télé-réalité préférées.

Est-ce que, comme on le pensait au 16e siècle, les peintres (ne peuvent) qu’imiter principalement l’extérieur, à savoir les corps et l’allure des choses ; aux poètes l’intérieur, à savoir les concepts et les passions de l’âme ? Je répondrais, plutôt faux. On oublie les passions de l’âme du peintre. Un de mes professeurs de nu aux Beaux Arts m’avait dit « On peint comme on est ». Cette Madame Vasari, inspirée de la vraie Madame Vasari, peinte sur un des murs de sa maison d’Arezzo par son mari, est-ce vraiment Madame Vasari ou une image travestie de moi-même ?

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Témoignage

21 novembre 2010

La fresque selon Vasari

Ci-dessous un très joli passage de Giorgio Vasari dans son introduction « des Vies » sur l’art de la fresque.

« Celui qui peint à fresque en (le jugement) a plus besoin que celui qui sculpte le marbre. Point de place, dans le travail à fresque, pour l’application et le temps, ennemis mortels de l’union entre la chaux et les couleurs, l’œil ne voit pas les couleurs réelles avant le séchage de la chaux, la main n’y peut apprécier que l’humide ou le sec. Dire que c’est là travailler dans l’obscurité, ou avec des lunettes de couleurs différentes de la réalité, ne serait pas une grave erreur : ces expressions s’appliquent certainement mieux à la fresque qu’à la taille en creux, pour laquelle les modèles en cire font fonction de lunettes, justes et précises. (…) Il est de plus interdit au fresquiste de laisser le travail tant que la chaux reste fraîche, et il doit avec décision faire en un jour ce que le sculpteur fait en un mois. » (Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, traduction d’André Chastel).

Pas d’autres commentaires cette fois, sauf celui de vous encourager à parcourir ce livre de référence pour les passionnés d’histoire de l’art ! Ces mêmes qui reconnaîtrons peut-être le visage de lange présenté ce mois-ci par Fresque moderne.

Angelo, 2010 (d'après l'oeuvre de Pontormo, 1526) 31*31

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A vendre

19 juillet 2010

Fresque mainstream

La fresque moderne pourrait être « le symbole de la contre-culture, de l’indépendance et du cool, au cœur même de la machine à fabriquer du mainstream » (Mainstream de Frédéric Martel, p.145).

Et si la fresque moderne devenait mainstream ? A la question « Ton week end c’était comment ? » on pourrait répondre (sans passer pour un intello élitiste et passéiste) : « J’ai fait de la fresque, c’est une expérience tellement hip et trendy, c’est véritablement trop cooOOOOOLLLL » ; ou : « J’ai acheté une fresque portative pour mon salon, c’est design, pratique, lavable à l’eau, ça se conserve des années…et avec la lumière, les couleurs elles changent aussi, c’est trop interactif, c’est trop moi ».

La fresque moderne, bientôt aussi tendance que d’aller se taper l’exposition Picasso au Grand Palais à 1h ou 2h du mat (« Le » nouveau concept pour éviter la foule) ?

Mais est-ce qu’on peut tout rendre mainstream ? Tout est question de marketing. Prenons un sujet improbable : Balthus.

Version pas mainstream :  « Balthus, homme apparemment obsédé par les figures de jeunes filles nubiles, représentées dans des attitudes provocantes et dont la récurrence dans l’œuvre, semblant exprimer un souci personnel de stimulation érotique… » (Balthus, sous la direction de Jean Clair, p.117).

Version mainstream : Balthus, c’est du porno chic en 4*3 m. A vendre, copie moins chère que l’original.

La famille MC, 2010 (d’après l’œuvre de Balthus, 1935). 27*37.

La famille Mourron-Cassandre, une version mainstream de l’original ?

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23 mai 2010

Fresque un art propose des objets de décorations artistiques adaptés à notre époque. Exit l’art mural. Fresque un art a transformé le support en le rendant portatif. Pas plus grand ni plus lourd qu’un tableau.

Plus d’informations à lire sur ce blog ou contacter fresquemoderne@hotmail.fr

Fresque un art, une interprétation moderne de la fresque ancienne

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Lignes et aplats II

11 avril 2010

Au fondement était la ligne

Sainte famille, 2010 (d’après l’œuvre du Caravage, 1571). 30*30.

Déstabiliser toutes nos certitudes, « nos positions dans l’existence » afin de lâcher prise, de retrouver un état apte à la création, tel aurait été l’héritage de Socrate.

François Roustang écrit « une thérapie réussie est une thérapie dans laquelle le patient devient l’artiste de sa propre existence », et apprend à remplacer le narcissisme du « je » par le « jeu » avec soi et le monde.

Puisqu’il est si difficile d’appliquer cet adage à la vie réelle, pourquoi ne pas en faire profiter son art ? Chacune de mes lignes est une synthèse : travail de nu, travail à l’encre, travail typographique… entièrement modelée par les enseignements reçus et l’environnement. Et pourtant, malgré le poids de leur histoire, ces lignes sont spontanées. Il en va de même pour le choix des couleurs, je n’y réfléchis à vrai dire, que très peu. « Je ne sais pas ce que je fais et pourtant je le fais ».

La rapidité d’exécution exigée par la technique de la fresque est un garde fou contre une oeuvre qui se révélerait trop calculée, trop réfléchie… Le secret est dans la mesure : c’est le cas pour cette famille sainte, douce inspiration rose et bleue tirée du Caravage.

Fresque un art par Minh Hanh Maudoux
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Technique III

22 mars 2010

Quand la couleur n’adhère pas

Toute la technique de fresque consiste à approcher « l’obligation de résultats » mais malgré les nombreuses recherches et pratiques en la matière, elle ne restera que de « moyens ». Seule l’expérimentation pourra donner des réponses viables. Outre la solidité, l’aspect de la surface et notamment la prise pérenne des pigments sur le support présentent une difficulté à résoudre.

Les réactions chimiques se font lorsque la chaux est mise au contact de l’air. L’humidité du mortier va permettre au CO2 de l’air de se dissoudre et de réagir avec le Ca(OH)2de la chaux, c’est ce qu’on appelle la carbonatation.

A contrario, des couches inférieures insuffisamment humidifiées peuvent désorganiser le processus. Le calcin est alors généré de manière précoce et alors que le fresquiste est en train de peindre, il va superposer les pigments sur cette couche en formation, au lieu de les faire s’intégrer en dessous. L’adhérence est alors compromise. Il en va de même si la peinture est surchargée en pigments.

Les solutions consisteront à :
1/ préférer la superposition de plusieurs couches délayées plutôt que l’utilisation d’une seule couche « lourde » en couleur et ce, jusqu’à obtention du ton désiré ;

2/ reprendre à sec : poncer la surface pour supprimer la couche de farine (pigments non collés et chaux), ré humidifier la partie du support. Peindre. Possibilité de rajouter un élément riche en caséine à la peinture pour plus de tenue (jaune d’œuf – eau ou on encore lait – eau, mais ce mélange serait moins pérenne).

Fresque un art par Minh Hanh Maudoux
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